Chaque automne, quand j’étais petit, c’était un peu le même rituel. Mon oncle chasseur passait à la maison avec un morceau de sanglier, souvent une noix ou un filet, juste après l’ouverture de la chasse. Et chaque année, je me posais la même question : qu’est-ce que j’en fais cette fois-ci ?
Cette recette de sanglier aux cèpes à la provençale pour l’automne est le résultat de plusieurs essais, pas toujours réussis. Le sanglier pardonne moins la surcuisson qu’un rôti de bœuf classique. Avec les cèpes qui arrivent justement à la même saison, le mariage devient presque une évidence. Un plat de saison, généreux, qui demande un peu de rigueur mais pas de technique compliquée.
Les ingrédients pour 4 portions de Sanglier aux cèpes
- 700 à 800 g de filet, longe ou noix de sanglier
- 500 g de cèpes fraiches
- 20 cl de vin rouge
- 15 cl de fond de gibier
- 2 échalotes
- 1 petite carotte
- 3 gousses d’ail
- 2 cuillères à soupe d’huile d’olive
- 1 noix de beurre
- 2 cuillères à soupe de persil plat haché
- 1 branche de thym
- 1 feuille de laurier
- 4 à 5 baies de genièvre
- 1 cuillère à café de vinaigre de vin rouge
- Sel, poivre du moulin
Valeurs nutritionnelles pour une portion de Sanglier aux cèpes
Comptez environ 470 calories et 52 g de protéines par portion. C’est un plat riche en protéines, comme la plupart des viandes de gibier, et naturellement peu gras comparé à d’autres pièces de viande rouge.
La recette étape par étape du Sanglier aux cèpes
D’abord, sortez le sanglier du réfrigérateur une trentaine de minutes avant la cuisson. Une viande trop froide au moment de la saisir cuit de façon irrégulière. Épongez-la bien avec du papier absorbant, puis retirez les éventuelles membranes, ces fines peaux nerveuses qui durcissent à la cuisson. Salez et poivrez seulement au dernier moment.
Pendant ce temps, occupez-vous des cèpes. Nettoyez-les avec un petit couteau et un linge légèrement humide, sans jamais les faire tremper : ils sont poreux et absorberaient l’eau comme une éponge. Coupez les plus gros en morceaux épais, laissez les petits entiers ou en deux.
Faites ensuite chauffer l’huile d’olive dans une cocotte. Saisissez le sanglier sur toutes ses faces, jusqu’à obtenir une belle coloration bien dorée. Ajoutez alors le beurre, l’ail écrasé, le thym, le laurier et les baies de genièvre, pour parfumer la viande pendant les dernières minutes de saisie.
Placez ensuite la cocotte au four préchauffé à 160°C. Si vous avez une sonde de cuisson, visez une température à cœur de 70 à 75°C. Sans sonde, comptez environ 20 à 25 minutes par tranche de 500 g, puis vérifiez en piquant la partie la plus épaisse : le jus qui s’écoule doit être clair, jamais rouge. En cas de doute, n’hésitez pas à entamer légèrement la viande pour vérifier sa couleur à cœur — contrairement au bœuf, le sanglier ne se mange jamais rosé, pour des raisons sanitaires, on y revient juste après dans les conseils.
Une fois la cuisson terminée, sortez la viande et laissez-la reposer quelques minutes sous une feuille de papier aluminium. Ce repos permet aux jus de se répartir uniformément dans la chair, plutôt que de s’écouler dès la découpe.
Pendant ce repos, préparez le jus. Retirez l’excédent de graisse dans la cocotte, puis faites revenir l’échalote et la carotte coupées finement. Déglacez avec le vin rouge en grattant bien le fond pour récupérer les sucs de cuisson. Ajoutez le thym et le genièvre, laissez réduire quelques minutes.
Versez ensuite le fond de gibier et laissez réduire jusqu’à obtenir un jus bien concentré. Filtrez, puis montez au beurre hors du feu, c’est-à-dire que vous incorporez le beurre froid petit à petit en fouettant, pour donner de la brillance et de l’onctuosité au jus. Terminez avec le vinaigre de vin rouge, qui vient réveiller l’ensemble.
En parallèle, occupez-vous des cèpes. Faites chauffer l’huile d’olive dans une grande poêle, saisissez les cèpes à feu assez vif, sans surcharger la poêle pour qu’ils dorent plutôt qu’ils ne cuisent à l’étouffée. Ajoutez ensuite l’échalote, puis, en toute fin de cuisson, l’ail haché et le persil. Salez, poivrez, et laissez cuire une dernière minute sans laisser brûler l’ail.
Pour finir, coupez le sanglier en tranches épaisses. Répartissez les cèpes dans les assiettes, ajoutez la viande, puis versez le jus tout autour. Servez immédiatement, pendant que tout est encore chaud.
Conseils et erreurs à éviter
Le point le plus important avec le sanglier concerne la cuisson à cœur. Contrairement au bœuf, cette viande de gibier doit toujours être suffisamment cuite, en raison d’un risque sanitaire lié à un parasite parfois présent chez le sanglier sauvage. Les recommandations sanitaires françaises préconisent une température à cœur d’environ 70 à 75°C pour éliminer ce risque. Une sonde de cuisson reste le moyen le plus fiable de vérifier ce point, bien plus précis qu’une estimation au temps de cuisson.
Comment vérifier la cuisson sans sonde ?
Le repère au temps de cuisson : à 160°C, comptez environ 20 à 25 minutes par tranche de 500 g pour un filet ou une noix de sanglier. Pour votre morceau de 700 à 800 g, ça donne à peu près 30 à 40 minutes au four.
La vérification à la pointe du couteau : piquez la partie la plus épaisse de la viande. Si le jus qui s’écoule est clair ou légèrement rosé pâle, c’est bon signe. S’il reste rouge et trouble, il faut prolonger la cuisson.
La vérification par la coupe : en cas de doute, mieux vaut couper la viande en son centre pour vérifier visuellement. Contrairement au bœuf, il ne doit rester aucune zone rouge ou rosé vif au cœur. La chair doit être uniformément grise à brun clair, sans trace de sang. C’est le seul moyen vraiment fiable sans sonde, même si ça implique d’entamer la pièce avant de la présenter à table.
La résistance au toucher : appuyez légèrement sur la viande avec le dos d’une cuillère ou d’une spatule. Une viande encore trop crue reste très souple et s’enfonce facilement. Une fois suffisamment cuite, elle offre une résistance plus ferme, sans être dure.
En cas de doute, mieux vaut prolonger un peu la cuisson plutôt que de servir une viande pas assez cuite : contrairement au bœuf, on ne prend aucun risque avec le sanglier.
Deuxième point de vigilance :
Ne négligez pas le temps de repos après la cuisson. Beaucoup coupent la viande trop tôt, par impatience. Résultat, tout le jus s’échappe dans l’assiette au lieu de rester dans la chair, et la viande paraît plus sèche qu’elle ne l’est réellement.
Nettoyage des cèpes :
Enfin, pour les cèpes, évitez absolument de les laver à grande eau. Un simple nettoyage à sec, au couteau et au linge, préserve à la fois leur texture et leur parfum, qui disparaissent vite au contact de l’eau.
Les questions qu’on me pose le plus souvent
Faut-il faire mariner le sanglier avant cuisson ? Ce n’est pas obligatoire, surtout avec un morceau noble comme le filet ou la noix, qui reste naturellement tendre. La marinade devient plus utile pour des morceaux à mijoter longuement, comme l’épaule, où elle attendrit la viande et adoucit son goût parfois plus prononcé.
Comment enlever le goût fort du sanglier ? Le goût plus marqué du sanglier vient souvent de l’âge de l’animal ou de la qualité du morceau. Une marinade au vin rouge et aux aromates, laissée plusieurs heures, adoucit efficacement ce goût. Sur un filet jeune et de bonne qualité, ce goût reste généralement discret, presque proche de celui du porc.
Quelle est la différence entre marcassin et sanglier ? Le marcassin désigne le jeune sanglier, généralement âgé de moins d’un an. Sa viande est plus tendre et son goût plus délicat que celle d’un sanglier adulte, ce qui en fait souvent le morceau préféré des connaisseurs.
Quelle cuisson pour la viande de sanglier ? La viande de sanglier doit toujours être bien cuite à cœur, contrairement au bœuf qui peut se manger saignant. Comptez une température à cœur d’environ 70 à 75°C, pour des raisons de sécurité alimentaire liées à ce type de gibier.
Quel vin servir avec un sanglier aux cèpes ? Un vin rouge charpenté accompagne bien ce plat, typiquement un côtes-du-rhône ou un bandol, deux appellations qui ont l’habitude de se marier avec les plats de gibier provençaux.
Peut-on remplacer le sanglier par une autre viande ? Oui, cette recette fonctionne aussi très bien avec du chevreuil, ou plus simplement avec un rôti de porc si vous souhaitez une version plus accessible et moins typée gibier.
Comment savoir si des cèpes sont encore frais ? Un cèpe frais a un chapeau ferme, sans zones molles ni traces d’humidité excessive. Vérifiez aussi le dessous du chapeau : les tubes doivent rester blancs ou légèrement jaunes, jamais verdâtres ou visqueux, signe d’un champignon trop avancé.
Un peu d’histoire
Le sanglier occupe une place à part dans la cuisine provençale, et plus largement dans la cuisine française tout entière. Il fait partie des gibiers chassés depuis des siècles dans les massifs boisés du Sud, de la Sainte-Baume au Luberon. Longtemps, cette viande restait réservée aux tables de chasseurs, consommée surtout à l’automne, juste après l’ouverture de la saison de chasse début septembre.
La tradition culinaire autour du gibier s’est ensuite largement diffusée dans les foyers, bien au-delà des familles de chasseurs. Le 3 novembre, jour de la Saint-Hubert, patron des chasseurs, reste d’ailleurs une date symbolique où de nombreuses tables provençales et rurales mettent le gibier à l’honneur. L’association avec les cèpes n’a rien d’un hasard non plus : les deux produits partagent exactement la même saison, entre septembre et novembre, ce qui en fait un duo naturel plutôt qu’une invention récente de chef.

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